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Homélie du 17 juillet 2019 à Lourdes

P. Marie-Dominique

Bienheureuses Carmélites de Compiègne
Lourdes le 17 juillet 2019

Le 17 juillet 1794, elles sont 16 femmes à gravir l’échafaud, condamnées au nom de leur fidélité à l’Eglise et à leur vocation religieuse.
Condamnées à la peine capitale, les voici entourées de nombreux « Sans-culottes » et d’une foule silencieuse, pleine de respect pour leur sacrifice. Leur mise à mort est d’abord un acte politique. La Révolution bat son plein alors. Le grand écrivain allemand, Johann-Wolfgang von Goethe, présent à la bataille de Valmy le 20 septembre 1792 aura cette parole prophétique : « De ce jour et de ce lieu date une ère nouvelle de l’histoire du monde ».
Le bonheur est à l’ordre du jour. Il fait de la fraternité le fondement majeur de la Révolution avec la liberté et l’égalité. Ces trois mots sont uniques et sont encore aujourd’hui les éminents principes de notre République. C’est en cette période ardente et bouleversée, en des temps exceptionnels et excessifs que le martyre de nos sœurs prend un relief saisissant !
Le martyre des carmélites de Compiègne est d’abord le témoignage d’une communauté : leur martyre n’est pas tant affaire d’héroïsme que de communion, communion avec le Seigneur, communion fraternelle. Le martyre est celui de la faiblesse qui manifeste les excès de l’homme et la force de Dieu. Leur prière de consécration prononcée chaque jour à partir de 1792 a su centrer la communauté sur l’essentiel du Carmel réformé : vivre le don de soi au service de l’Eglise car « le monde est en feu » comme le dit sainte Thérèse d’Avila.
Mais la communauté s’est offerte pour la paix. Face à la « haine du monde », le témoignage de leur sérénité a beaucoup impressionné, c’est la paix qu’elles implorent pour leur pays blessé en chantant le Veni Creator. Comme martyres, elles incarnent la vocation chrétienne et la suite du Christ dans sa radicalité. Le martyre est constitutif de la vie chrétienne et c’est notre attachement au Carmel qui nous aide à en découvrir le sens profond. Le martyre, en tant qu’il est témoignage, revient à tout disciple du Christ jésus. Le Christ est lui-même le premier martyr et cette réalité il la portera jusqu’à la mort sur la Croix. La mort du Christ en croix est le modèle de tout martyr et de toute vie chrétienne. Et pourtant, la véritable souffrance du martyr n’est pas dans les tortures mais dans le fait de vivre séparé de son Créateur. Cet appel à l’intimité divine si pressant au carmel rend insupportable la séparation avec Dieu. Notre patrie est certes bien vivante sur terre, mais elle est aussi au Ciel, où nous participerons à la vie même de Dieu.
Comme martyres, nos sœurs carmélites de Compiègne incarnent la vocation chrétienne à la suite du Christ. Comme communauté, elles sont comme l’expression du « petit collège du Christ » tel que le concevait Thérèse d’Avila.
Arrêtées à Compiègne en juin 1794 et transférées à paris le 13 juillet, elles sont bientôt jugées, condamnées et exécutées le 17 juillet. Leur chant limpide en gravissant les marches de l’échafaud était bien l’expression de leur amour de Jésus. Cet amour de Jésus, les carmélites de Compiègne nous pressent d’y souscrire à notre tour.
Au rendez-vous de la République, bienheureuses carmélites de Compiègne, vous qui auriez pu perdre votre âme et céder aux chimères du reniement et de l’apostasie vous avez choisi au contraire d’accomplir votre devoir dans la fidélité à vos vœux par votre sacrifice ô combien sanglant ! Répondant à l’appel de Dieu, vous avez donné l’exemple de votre foi dans la paix et dans la concorde en montant à l’échafaud en chantant, entourées que vous fûtes et très justement dans un silence tout à fait saisissant !
Ah ! souvenons-nous des désordres qu’enfante
Dans un peuple sans chef la première épouvante !
De grâce dites-nous quelle source vous anime
Quelle raison vous inspire d’être aussi magnanime
Si la nature agit ou si c’est le désir
De tout donner à Dieu pour enfin le choisir !
En ces temps douloureux
Toujours prêts aux excès
Que votre sang très pur
Abreuve nos blessures !
Votre trépas nous afflige !
Votre calvaire nous oblige !
Toujours prêtes à mourir
Voilà votre désir
Votre don, il est vrai, engendre des souffrances
Jamais à ce beau feu n’est permise l’espérance
Humbles filles du Carmel à vos saintes prières
Allons dorénavant chercher quelques lumières
Aidez-nous dans la nuit de la vie ordinaire
A choisir l’humble foi qui n’est pas temporaire
On se hasarde à tout quand un serment est fait
Votre amour en tout cas rend bien tout son effet
Que Dieu avec Marie, Reine et beauté du Carmel
Bénisse chacun de nous et le rende plus fidèle
Carmélites de Compiègne, soyez la vive flamme
Eternellement brûlante de chacune de nos âmes
Pour l’Eglise, le Carmel et la France
Votre vaillance renforce notre espérance !
Amen

Fr.Marie-Dominique de l’Incarnation