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Homélie du 7 mai 2017

P. Jean-Marie-Joseph

Frères et sœurs, le dimanche du Bon Pasteur est un dimanche assez étonnant où Jésus fait son autoportrait. Jésus peint par lui-même. Souvent Jésus s’est comparé à un Pasteur mais cette fois, il livre le fond de sa pensée.
En bon sémite, Jésus procède par contraste. Comme il se différencie de tant de bergers qui ne font qu’exploiter les brebis et sont des voleurs de consciences, Jésus se montre en plein jour, il déclare franchement ses intentions… Sa voix ne trompe pas…
Jésus nous présente, ici, deux personnages très différents : le berger et le voleur… C’est leur manière d’entrer dans l’enclos des brebis qui les distingue. L’un escalade, tandis que l’autre passe par la porte… Le bercail, l’enclos des brebis, pour Jésus, n’est pas un lieu doucereux et poétique. Non ! C’est un lieu où il faut se défendre des bandits. L’image de la vie chrétienne est donc d’abord une image de combat.
N’oublions pas que le discours de Jésus se situe dans un contexte très polémique. Ce discours fait suite à cet affrontement dramatique qu’a été la guérison de l’aveugle-né ! Celui-ci a été maltraité, par les pharisiens eux-mêmes, comme une pauvre brebis qu’on bat : il a été expulsé de la synagogue (Jn 9,1.41)

« Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. » (Jn 10)
Frères et sœurs, ne passons pas trop vite sur ce « portier » que tout l’évangile désigne : c’est le Père ! Celui qui a envoyé Jésus (Jn 8,16.42) celui qui a tout remis en sa main (Jn 3,35 – 5,22.26) enfin, celui qui lui a donné ses brebis (Jn 17,6.9).
Le croyant véritable, c’est celui qui « écoute » la voix de Jésus et qui « suit » Jésus. Le verbe « écouter » est répété 58 fois dans l’évangile de saint Jean : Jésus est la « parole », le « Verbe », la « révélation », qui confie à l’oreille attentive de ses amis « ce qu’il a entendu du Père » (Jn 3,31 – 8.40 – 15.15). Nous qui méditons ce matin cet évangile, savons-nous écouter la voix de Jésus ? Quel temps passons-nous à écouter vraiment la Parole de Dieu, la voix de l’Amour et de la Vérité ?

Puis l’apôtre Jean nous informe que les Pharisiens à qui Jésus s’adressait ne comprirent pas, alors Jésus reprend la Parole : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. »
Si, nous ne reconnaissons pas Jésus, comme le Messie, comme l’envoyé du Père, les propos de Jésus sont exorbitants. Jésus se présente, ni plus ni moins, comme l’unique guide de l’humanité. Jésus oblige à prendre position sur sa personne. Où bien ses propos sont ceux d’un mégalomane ou bien Jésus porte en lui le message le plus radical, le plus absolu, le plus transcendant que l’humanité n’ai jamais entendu.
Jésus nous avertit avec force que suivre d’autres guides que lui nous serons « volés » et « détruits ». Des propos aussi absolus ne peut que choquer nos mentalités modernes, avides de « tolérance », soucieuses de « pluralisme ». Qui est-il donc celui qui ose parler avec une telle assurance et de manière aussi exclusive ? Que peut-il bien nous promettre, Lui, à la différence de tous les autres ?

« Moi je suis la Porte. »
Jésus aime présenter sa pensée sous des images. Il s’est présenté comme le seul « Berger »… il dit : « Je suis la Porte »… la seule porte, l’unique porte !
Dans les évangiles synoptiques, Jésus avait parlé de la « porte étroite » qui mène au Royaume (Mt 7,13.14 – Lc 13.24). Mais, cette fois, le mot « Porte » se charge d’une signification théologique beaucoup plus profonde… au sens où Jésus dira bientôt : « Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie… nul ne va au Père que par moi… » (Jn 14.6)
Il y a dans la Bible, toute une mystique de la porte. Jacob, en plein désert, avait vu une échelle qui était la « porte du ciel » (Gn 28,17). Les portes de Jérusalem étaient décrites comme les passages qui introduisaient au lieu de la paix, de la justice, à la « maison de Dieu » (Is 60,11 – Ps 118,19.20 - 122,2)
« Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. »
Jésus est l’antidote de ces maîtres du Nihilisme qui ont enfermé l’homme dans un « huis-clos ». Ces nihilistes voient l’humanité comme prisonnière d’un certain nombre de déterminismes implacables : naître et mourir, produire pour consommer… « boulot, métro, dodo, et on recommence ! » L’horizon de l’homme s’arrête-t-il à cela ? L’humanité est-elle condamnée à tourner en rond en attendant le naufrage final ? Y a-t-il une issue pour l’homme ?
C’est ici que Jésus intervient et nous assure que l’humanité n’est pas désespérément close sur elle-même : devant elle s’ouvre la vie : la vraie. Dieu propose son propre espace pour l’homme. Il dépend de chacun de nous que cette porte « ouverte sur l’infini » ne s’ouvre pas seulement au dernier jour, à l’heure de notre mort. Cette porte ouverte sur Dieu, pourquoi n’y passerions-nous pas dès maintenant ?
Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire, nous dit Jésus.
L’humanité est faite pour vivre quelque chose de plus grand qu’elle-même. Les athéismes ne donnent de l’homme qu’une image tronquée. Pour Jésus, c’est égorger et détruire l’homme que de ne lui proposer que des perspectives limitées à l’humain : l’homme ne vit pleinement que s’il s’ouvre à Dieu. Et Jésus est la porte ! Si quelqu’un « passe par cette porte », il sera sauvé ! Sauvé ! Sans ce passage, il est perdu… Le seul milieu vital absolu de l’homme, c’est le milieu divin…
Moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie, et pour qu’ils l’aient en abondance.
La dernière phrase de notre passage d’évangile nous ramène à l’un des thèmes favoris de Saint Jean. Le vin des noces de Cana avait été donné en abondance : 600 litres ! (Jn 2,6.7). Le pain multiplié en abondance ont laissé douze paniers de restes (Jn 6,10.12). La pêche miraculeuse fera déborder la barque de poissons (Jn 21.6).
Mais tout cela ne sont que des images. La réalité est encore plus belle car il y a une vie en « abondance » : celle de Dieu !
Il faut bien reconnaître que seul Jésus ouvre un espace infini pour l’homme. En dehors de Lui, l’humanité est strictement « enfermée » en elle-même, mais Jésus est venu nous arracher à notre impuissance et nous introduire dans le territoire de son Père, un domaine qui ouvre sur l’infini, l’éternel.
Demandons à Jésus, Bon Pasteur, d’être notre guide et notre chemin vers les bons pâturages…
Demandons à l’Esprit Saint, le portier de notre cœur, le gardien de nos désirs profonds, de nous aider à ouvrir la porte à Jésus, d’expulser toutes les idées, les préjugés et les arguments qui se sont installés dans notre vie prenant souvent en otage, notre discernement et notre liberté.
Seigneur, envoie-nous des prêtres selon ton cœur, capables d’ouvrir leur vie et la vie des autres à ton mystère d’amour infini.
Confiant en la maternelle intercession de Marie, notre Mère, demandons à notre Père du Ciel de susciter dans l’Église des jeunes généreux qui est le courage de sacrifier leur vie pour le salut et le bien de leurs frères. AMEN.